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Jeudi (31/10/02)


Les seconds plans

Tous les jours, je me pose une des plus importantes questions nécessaire à ma route : quelle est la place exacte de " ça "… de ce chorus, de cette guitare, ce break, ce son; tous les jours. C’est l'incontournable question, c'est la question, c'est l'inévitable. Trouver la bonne place au bon moment pour ce qui me traverse.
Il n'est pas très difficile de succomber à cette question en toute circonstance : quelle est MA place, la tienne, celle des bus et des taxis dans une capitale, celle d'un objet sorti de son magasin de transit, celle d'un mot dans une réflexion.
Bordel !
Une fois la mélodie en place, elle devient une sorte de reine insouciante, observant son royaume tenter de conquérir la place la plus proche de sa main embagousée.
Les seconds plans deviennent alors le théâtre de la plus subtile ou de la plus maladroite des comédies dramatiques : conquérir le coeur de la reine et démontrer l'inépuisable perfection qui émane de cette union.

Les seconds plans : la basse qui souligne ou qui énergise un kick ou une caisse claire, à moins qu’elle n’ offre une terre sécurisante à une voix aérienne, à moins qu’elle ne mérite la vedette…Et bien elle ne tardera pas à s’occuper des violons d’à côté.

Ah ! Ces seconds plans qui exigent la vedette !

Un peu sourd, je laisse jouer le piano plus longtemps que nécessaire et le voilà qui m’envoie son agent pour réécrire des parties entières…
Les seconds plans flatteurs, cupides, égoïstes… ils nous laissent croire à leur capacité de servir noblement la cause mais rognent le projet. Ils oublient d’être ce qu’ils sont de peur de ne jamais être le Premier plan de scènes annexes au Live du moment.
Les seconds plans qui parviennent à tromper le peintre, le réalisateur ou la photographe, le musicien, la chanteuse, l’amoureuse ou le père nous trompent sur eux-mêmes mais détournent la belle réunion de son but initial.

Je réécoute la conversation dans tous les sens en tirant des cartes de route : jouer les contrechants solos…Décaler les percussions d’une demie mesure…Eteindre la lumière et couper la réverbe…Reprendre le break pour lancer l’intro…

En trois jours, les partitions de trois ans sont devenues obsolètes : plus de paroles, plus de chanteuses, juste une fausse starlette imbue, prétentieuse, triste et hypocrite en lieu et place de ma plus jolie fugue traversière.

J’ai détesté devenir un second plan inutile à l’album…Sans jamais demander le single, je me fais pourtant aujourd’hui la mâle faute de ne pas provoquer la moindre réponse de réalité dans les yeux de l’interprète.
Je suis estomaqué de réaliser à quel point certains peuvent ne penser qu’à eux même lorsqu’il s’agit d’essayer d’être un peu ensemble.

Tâchons de retrouver le vrai mix qu’il y avait dans mes rêves d’innocent et ne pas faire de casting… La vie à un drôle de talent pour placer de manière parfaite les seconds plans !

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Ecrit par raf, a 23:10 dans la rubrique "TêtenVrac".



Lundi (07/10/02)


Vénus rétrograde en scorpion !

Tout commence par un mail horoscope hebdomadaire.


" Vénus débute un mouvement de
rétrogradation en Scorpion le 10 qui pourrait vous replonger dans une
liaison avec un(e) ex. Les fantômes du passé reviennent vous hanter et
rouvrir une cicatrice ancienne. "

23 :00 SMS…
Appel moi demain si tu peux, je te dirai comment je vais vraiment.

23 :10 Je compose le n° de V… que j’ai quittée dans la douleur il y a maintenant trois mois. Encore envie d’elle (cf moods précédentes). Dans les bras d’une autre, c’est à elle que je pense, c’est elle que je déshabille.
C’est insupportable. On a pris un café une fois en trois mois, je sais que la plaie va être longue à cicatriser.

23 :11 V… fait semblant d’être un peu endormie. Elle se réveille pourtant bien vite.
" Il faut que je te parle de quelque chose, c’est délicat, rien que d'y penser j'ai mal au ventre, pas au téléphone… ".
J’insiste, je la connais, je devine ces phrases, je l’aide à les commencer, presque à les finir, je lui pose les questions dont elle a besoin pour continuer.
Son mal de ventre envahit le mien.

Une semaine après notre séparation, elle rencontre une vieille connaissance lors d’une visite à sa meilleure amie qui vient d’avoir une petite fille. Ils rentrent sur Paris en train, tout les deux. Elle se fait voler son sac dans le café de la gare où ils boivent un verre pour se dire au revoir. Dans son sac, ses papiers, ses clefs.

Elle a de plus en plus mal au ventre et je dois insister pour qu’elle continue. Elle bloque. Je lui dis :
" Tu penses à moi quand il te tient dans ses bras, il veut que ça continue et tu veux que je sois là quand tu te réveilles, je sais, il m’arrive la même chose
- Ah ! (interloquée) Mais c’est horrible, je n’arrive pas à imaginer une autre dans tes bras ! MMMmmm, enfin oui, c’est affreux, c’est exactement ça. Mais voilà, j’ai très mal au ventre là tiens ! Et puis j’ai avorté de lui hier.
- -Tiens ! je savais que tu mentais au téléphone la dernière fois…moui, quelques jours chez ta mère ou chez ton père ! Jamais tu n’hésites. Je n’aurais pas imaginé que tu aies passé ce temps à l’hosto ! ".

23H15 …

23H30 " A demain, fais de beaux rêves

- oui, j’ai pris un lexo, garde ton téléphone près de toi, parce que pour te réveiller toi ! Enfin, je t’appelle quand je me lève, à demain. ".

Je repose le téléphone près de mon lit. Là, j’ai très mal au ventre, très mal.

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Ecrit par raf, a 23:10 dans la rubrique "TêtenVrac".



Mercredi (25/09/02)


Ecartellement progressif ou Chat en vadrouille

Que fait-elle ? Pourquoi ai-je le sentiment d'un "jetlag" entre nous en ce moment ?
Je cherche des raisons mais ne suis-je pas en train de me les fabriquer ?...C'est juste passager, c'est sa vie en ce moment qui veut ça...Non, c'est moi qui doit oublier quelque chose, je ne l'ai pas suffisamment écoutée, pourquoi me zappe-t-elle sur sa messagerie, pourquoi des minutes entières entre chaque réponses de Chat, pourquoi......
Stop !
Envie de comprendre, de me tromper, de ne pas laisser le temps abîmer notre tendresse réciproque...
Ne pas laisser le temps faire de notre belle histoire une vieille belle histoire.

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Ecrit par raf, a 01:09 dans la rubrique "TêtenVrac".



Un truc dans l'air

Avez vous déjà oublié de faire quelque chose pendant deux ans...
Ce matin, jour comme les autres, sauf que pas tout à fait. Pas de café, deux cigarettes pour la journée, plus froid qu'hier, un colis à retirer, pas de boulot en vue, je suis mal, très mal, un puissant vertige me jette à terre et puis soudain le déclic ! Je m'empare de cette foutue enveloppe et c'est décidé, je file pont de Neuilly déposer 10 partitions chez la grande SACEM. Deux ans qu'un morceau attend de m'aider à acheter du café et moi qui ne bouge pas d'un centimètre !!!! Quel psy va pouvoir m'expliquer ce qui débloque à ce point chez moi ? Par quelle bêtise prodigieuse ne puis-je pas faire quelque chose de bien... POUR MOI !!!!
Je ressort du bâtiment en verre des 70's, et FFFFFFFFFFFFFFFFFFFFou, je pèse deux ou trois tonnes de moins. Je ne sais toujours pas si j'ai envie de me rencontrer pour me gifler ou de me taper sur le dos en montant dans ce petit avion garé en double file près du métro Sablons...
Tout ceci ne me donne toujours pas de café et le loyer d'octobre va très vite venir s'ajouter aux trois autres en retard !
Mon portable sonne : t'es libre pour un mix demain ?
R-V à 17h00.
Je raccroche et il sonne aussitôt : bonjour, je t'appelle de la part de S....., tu es libre pour le mix d'un court métrage ? on se parle demain, je t'invite à déjeuner.
Je file chez La Pépite histoire de sourire autour d'un pastis. Le tonton revient de Colombie, il est très enthousiaste....Grande soirée le 5, tout le monde sera là.
Le téléphone sonne de nouveau : Salut RAF, c'est J....(3 ans de silence) Comment vas-tu? Ah, tu tournes en rond avec tes compos, appelle moi demain, je te présenterai à mon pote le producteur, il cherche en ce moment....

Je ne sais pas pour vous, mais parfois, il traîne comme un truc dans l'air !

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Ecrit par raf, a 01:09 dans la rubrique "TêtenVrac".



Vendredi (20/09/02)


Blues ou poésie ?

Blues ou poésie ? Ce soir j'ai de la chance, ils s'épousent.
Ca faisait un moment qu'ils se tournaient autour dans l'appartement, impossible de leur faire s'adresser la parole. Et puis Diana Krall a commencé à chanter Gentle Rain et là, derrière mon dos, ils s' enlaçaient tendrement, comme de jeunes amants qui ont décidé de passer aux choses sérieuses.
Un vieux couple comme ça! S'abaisser à de telles gamineries ! J'ai quand même esquissé un sourire malgré moi et j'ai ouvert une bière aussitôt en regardant mon mac de travers.
Pas de toi ce soir.
Je me suis jeté sur un vieux carnet avec qui je ne m'entendais plus et un petit crayon en bois de menuisier, genre qu'on se met sur l'oreille pour siffler mieux, et puis je me suis fait ma fête, avec Diana, mes femmes perdues et mes muses fidèles.
C'était un drôle de moment, une parenthèse qu'on pourra lire peut être bientôt si mon mac m'a pardonné.
C'était simple, vrai, presque trop. De vrais murs sont tombés, des horizons sont nés de mes intuitions malignes et autres mensonges insoupsonnés. Révélés, à poil devant ma conscience légèrement engourdie, me répétant : "photographie bien parceque attention, c'est fugace, dans quelques minutes tu ne seras plus en mesure de le supporter si tu n'y prêtes pas la plus irréversible des attentions. Tu peux rire ou pleurer, mais pour l'instant concentre toi sur cette brêche qui déjà commence à se refermer ! Ce que tu vois, c'est une partie de toi que tu ne peux entendre en permanence mais que les autres connaissent, qu'eux peuvent intégrer. Dépêche toi d'en rire ou d'en pleurer, et ne te réveille pas sans elle demain...Ca avance mon grand, ça avance".
Diana s'est endormie dans mon oreille et je me suis réveillé les genoux trempés à cause de cette canette infoutue de se tenir tranquille pendant ma somnolence.
J'ai jeté un coup d'oeil sur "filles, femmes et autres chansons" de Verlaine et très déçu de constaté qu'il n'était pas écrit au crayon, je me suis dirigé vers mon mac en lui faisant des excuses le menton collé au sternum. Il me fixait de son écran bleu. D'un petit signe, il m'a fait :"t'as du courrier"...Je savais qu'il me pardonnait, qu'il comprenait.
A la cinquième bière, le vague à l'âme et le coeur à l'envers, mon mac, c'est vraiment quelqu'un.

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Ecrit par raf, a 04:09 dans la rubrique "TêtenVrac".



Lundi (02/09/02)


Le Lotozoom

Le Lotozoom

Zoom est un malin,
Il a confié de manière réflexe
Quelques euros au gros Bidon,
Le voleur de Rollex,
Afin de valider sa date de naissance
Et autres numéros
Au café buraliste avant l’apéro.

Coup de bol ou intuition
Mister Zoomzoom ne se sent plus de joie
Quand sur l’écran à chaque fois
Il déchiffre un nombre
Qu’il reconnaît sous chaque croix.

Mister Zoom va pouvoir démarrer
Une nouvelle collection de fessiers
Faut dire que ces maitresses le sucent sévère
Une liasse par paire de fesse
Ca use son diamant vert.

Pour fêter ca, Zoom à crié
Dans ce petit bar tabac
" c’est ma tournée "
Et ça n’était pas la première
En deux secondes
L’ami Bidon faisant le fier
Lui assène un coup de queue,
Près du billard Zoom est KO,
Du sang s’écoule de son chapeau
Le ticket faisant de lui un millionaire
Le conduit droit à l’hosto

Bidon n’aparut plus durant des mois
Et puis un jour, dans une revue
Chez le coiffeur
Zoom apercu,
Une déesse au bras et une rollex au poignet
Sur un bateau en acajou
Le sourire de ce gros con
Un sourire-cigare d’ordure
Et Zoom sourit
" notre bidon a fière allure ".

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Ecrit par raf, a 18:09 dans la rubrique "TêtenVrac".



Dimanche (01/09/02)


Dark Zoom Room

Rien ne pouvait le dégager de ces poupées insolemment humaines.
À l’horizontale, en apesanteur, fermées, couvertes, obliques, tendres ou grasses, tordues voire difformes, fines ou ourlées, malmenées, fraîches, vides ou indolentes, Zoom échouait ses regards sur les berges de ces ventres exotiques, noyait son œil dans ses mères du monde.

Dans ces manufactures, les couturières de fantasme, aventurières déchirées, amidonnaient les cols roulés de caricatures de marins à boutonnières dont les frégates couvertes de sédiment reposaient pour la plupart dans les eaux lointaines d’un mariage pressé.

Au cœur d’une chambre, révélatrice de sublimes faiblesses, Zoom pouvait en écartant une paire de fesse, de ces sexes en leasing, percevoir la lumière de ses origines. En fractions de seconde et effractions diverses, entre terre et ciel, recroquevillé en position fœtale au-dessus des chiottes, Zoom dans la lumière rouge comptait une nouvelle fois le laps de temps exact précédent la nouvelle révélation.

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Ecrit par raf, a 06:09 dans la rubrique "TêtenVrac".



Mardi (27/08/02)


Ballade en chambre noire

We were together
No more money
Just colours

Quelques mètres de trottoir de toi à moi
Magicienne close up, cafarnaum
Quelques millilitres de plaisir
Quelques centimes de devenir
Une semence de printemps d’homme

Je m’appelle Zoom, c’est bien ça
Ni beau ni bête, j’habite un zoo
Ça vous embête ?
J’suis orphelin et j’ai la tête
Emplie d’bizards (z) idées taboues
Qui très souvent me mettent à bout
Mais j’en prends note et j’ fais la fête
À tous les cons près d’un parcmètre
J’tire le portrait.

Je m’appelle Zoom et c’est comme ça
C’est mieux k’Sadam, Georges ou Oussama
Moi j’ fais sourire les entrecuisses
Je leur fais “smile !“ et je m’imisse

Lola, Edith, Salomé, Brigitte,
Alex, Yasmine, Eva, Manon, Estelle,
De vos ventres, je me souviens du nom
Les odeurs de vos chattes
Et les parfums de vos dentelles.

Chaque jour, j’attends,
Dans la lumière rouge
De mon labo ou d’un hôtel,
Qu’enfin un jour d’entre tes lèvres
D’un peu de sang, d’un peu de miel
Tu me dévoiles, tu me révèles
Le doux prénom de ma maman

Est-ce toi qui,
Universelle origine,
Petite et ronde voie utérine
Me conduira à celle qui,
Il y a 30 ans j’imagine,
M’a mis au monde
Dans ces draps gris ?

Le plus beau sourire du monde
Est, paraît-il, celui de la Joconde.
Ce rictus emprunté ne comble en rien mes attentes
Et moi je le sens né plus sûrement d’une fente
D’une garce, d’une traînée, d’une putain,

D’une belle môme ou d’une grue déplumée,
Sidéenne, cynique, brisée,
Lourde comme un silence
D’une femme à qui l’on a volé l’enfance.

Guerre des éthyles et toiles d’araignées
Alcoolos de quartier et sachets de Lexo 1000,
Voilà le cadre de mon odyssée.
Je m’appelle Zoom,
Suis photographe en drôle d’état,
Je fais une fixation parmi des tas,
Je shoot sans compter depuis 10 ans
Le sexe de prostituées,
C’est déjà ça.




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Ecrit par raf, a 05:08 dans la rubrique "TêtenVrac".